L’addictologie dans l’impasse des neurosciences : comment en sortir ?

Par Alain Morel
Français

Cet article fait suite, vingt ans après, à un précédent paru dans Psychotropes lors de la création de l’addictologie en France, à l’orée du XXIe siècle. Un processus inédit en ce qu’il devait s’inventer en respectant la pluralité des acteurs déjà engagés dans les soins des personnes en situation d’addiction : médecine de ville, centres médico-sociaux et hôpitaux. La Fédération Française d’Addictologie a vu le jour au même moment pour mettre en place un cadre garant d’un dialogue équitable autour d’un modèle transdisciplinaire bio-psycho-social unifiant les différentes composantes : alcoologie, intervention en toxicomanie et tabacologie. Mais les enjeux de pouvoir croissant sur un domaine aussi récent et politique ont ouvert la porte à un basculement de l’addictologie sous la domination unique de la psychiatrie neurobiologique. Comme la santé mentale, l’addictologie se retrouve depuis dans l’impasse réductionniste des neurosciences qui individualise, pathologise et confisque le pouvoir d’agir des personnes usagères et de la société. Et qui, en adéquation avec le discours néo-libéral, invisibilise les déterminants sociaux pourtant les plus influents dans les processus de dépendance et de perte de contrôle. L’abandon de la dynamique de coopération associant les savoirs pour mieux comprendre et intervenir avec les personnes usagères a pour conséquence de réduire les soins à l’usage de médicaments, de creuser les divisions entre l’addictologie sociale et l’addictologie neurobiologique, et de diminuer les chances des personnes concernées. Pour sortir de cette impasse, des propositions sont faites par l’auteur afin d’inscrire l’addictologie dans une politique de santé mentale intégrative, centrée sur les déterminants sociaux, pour établir de nouveaux liens entre acteurs de proximité et coordonner un dispositif et des politiques en mesure de mobiliser sur les territoires les populations pour la santé globale, l’éducation préventive, l’intervention précoce et la réduction des risques.

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